L’accès à la grande cascade de la Fouge est interdit par des arrêtés municipaux pris conjointement par plusieurs communes du département de l’Ain depuis janvier 2022. Il y a tout juste 16 ans, le 13 mars 2009, un terrible accident endeuillait cette cascade et faisait prendre conscience des dangers sur ce site naturel exceptionnel. Voici quelques explications et des pistes pour la sécurisation du site naturel.

L’interdiction de la cascade n’est pas toujours respectée
Malgré ces arrêtés, les réseaux sociaux et les avis google maps font état d’une fréquentation régulière du chemin d’accès à la cascade la Fouge. Il est de la responsabilité des collectivités locales d’assurer la sécurité des personnes et de maintenir l’accès à la nature à tous en évitant des situations de blocage qui durent plusieurs années sans action notable et qui conduisent au non respect des arrêtés d’interdiction par le public. La problématique de la cascade de la Fouge rappelle celle des tunnels du Train Fantôme où une interdiction similaire à été prise depuis 2019.
En 2024, plusieurs articles de journaux ont fait le point sur interdiction de la cascade de la Fouge suite à un accident impliquant une randonneuse sur le site : lire l’article du Progrès de mai 2024. En juillet 2024, des professionnels du canyon du département de l’Ain et l’AGESSEC sont intervenus dans un long article paru dans le Pélerin en août 2024 traitant de l’accès aux sites naturels de montagne.
Le site de la Fouge interdit d’accès aux professionnels
Les professionnels de randonnée et de canyoning de l’association des guides du Bugey regrettent le non respect de cet arrêté qui peut conduire à des accidents sur ce site exceptionnel du département de l’Ain. Ils regrettent aussi la différence de traitement entre les amateurs et les professionnels. Un professionnel s’engage auprès de ses clients à respecter la réglementation et ne peut pas s’engager sur un parcours interdit par un arrêté administratif sous peine de lourdes sanctions pour lui et son activité : amende, retrait de carte professionnelle et interdiction d’exercer, défaut d’assurance. A la différence, un particulier peut s’engager s’il le souhaite sur un sentier interdit en engageant sa propre responsabilité et en risquant une simple amende.
L’association départementale de gestion des sites de canyoning l’AGESSEC peut aider les collectivités locales pour la sécurisation du site en vue de sa réouverture au public.
Quelques propositions pour la réouverture du site au public
En temps que professionnel de la randonnée et du canyoning, je connais bien le site de la cascade de la Fouge et je peux formuler quelques propositions pour améliorer la sécurité sur le sentier d’accès à la cascade :
- Apposer un panneau d’information au niveau du parking qui indique que l’accès jusqu’à la cascade de la Fouge comporte des dangers de chutes de pierres et d’arbres et se fait sous la responsabilité des pratiquants des sports nature. Rappeler que l’accès au site en période de pluie est dangereux à cause des risques d’éboulements identiques à ceux sur les routes du département. Rappeler sur ce panneau la conduite à tenir en cas d’accident.
- Baliser le chemin d’accès jusqu’à la cascade pour éviter que des randonneurs s’égarent dans le lit du cours d’eau, dans des pentes dangereuses ou des falaises : de nombreux sentiers mènent nulle part et son empruntés par des randonneurs égarés ce qui contribuent à induire en erreur les suivants. Des sentiers mènent actuellement dans des pentes dangereuses où une glissade serait fatale.
- Protéger le sentier des chutes d’arbres en abattant les arbres morts ou affaiblis par les scolytes dans l’emprise du sentier. Les arbres au sol constituent également un risque non négligeable pour les promeneurs et doivent être dégagés.
- Apposer un panneau pour interdire l’accès à la zone sous la falaise à droite de la cascade : cette falaise en mauvais rocher s’écroule indépendamment des conditions climatiques.
- Faire réaliser un diagnostic du site de la Fouge par un bureau d’études spécialisé dans les risques d’éboulements pour déterminer les zones à risques et leur temporalité (permanente, sous certaines conditions météo, à court et long-terme, etc.).
- Prendre un arrêté municipal temporaire sur la base d’éléments techniques provenant du diagnostic. Il conviendra d’évaluer les risques sur la pratique du canyonisme et de définir si besoin les modalités de pratique.
- Ne pas faire la promotion du site de la Fouge en dehors de l’activité canyonisme et sensibiliser sur le recours à un professionnel du canyon pour réaliser la descente de la cascade en sécurité.
Le canyoning dans les cascades de la Fouge : un réel danger ?
L’interdiction du canyoning sur le site de la cascade de la Fouge est justifiée par les mairies de Cerdon et de Boyeux St-Jérôme par le caractère dangereux de l’activité canyonisme sur le site avec comme référence le tragique accident de canyoning survenu en 2009 qui avait conduit à une interdiction de la pratique à l’époque par Mme la Maire de Cerdon Mme Sylvie Goy-Chavent. Mais qu’en est-il vraiment ?
Un accident mortel de canyoning a eu lieu le vendredi 13 mars 2009 : 2 pompiers (1 volontaire et 1 professionnel) en sortie d’entrainement en amateur se sont noyés en descendant en rappel la dernière cascade du canyon de la Fouge. Avertis par les familles en soirée, les secours se rendent sur la cascade mais ne peuvent que constater la mort des 2 pompiers. En pleine nuit le vendredi soir, un pompier de l’équipe de secours se tuera en essayant de récupérer un des corps des 2 pompiers décédés. Les 3 corps seront finalement retrouvés le samedi matin puis hélitreuillés.
Un accident tragique de canyoning mais des conditions particulières
Sans vouloir polémiquer sur ce tragique accident, cet accident a eu lieu dans des conditions météo et de débits particulières, en saison hivernale lors d’une période de redoux avec la présence de neige sur le bassin versant des 2 affluents de la Fouge sur le plateau d’Hauteville au-dessus de 700 mètres d’altitude : le ruisseau de Pérolles et le bief de Malpassé. Le débit du cours d’eau de la Fouge était alors difficilement prévisible d’un jour à l’autre d’autant que les cascades sont alimentées à la fois par des résurgences et par de l’eau de surface provenant de la fonte de la neige sur le bassin versant du plateau d’Hauteville. La température le 13 mars 2009 était de 16°C à Ambérieu en Bugey, le débit de l’Albarine à St-Rambert en Bugey qui a un régime hydrologique lié à de l’eau karstique et de l’eau de surface semblable à la Fouge était de 12 m3/s en augmentation les jours suivants à cause de la fonte de la neige sur le bassin versant du plateau d’Hauteville. La conjonction d’erreurs humaines, de stress et de panique, de conditions de débits très élevés et imprévisibles en période de fonte de la neige en surface sur le bassin versant, de visibilité nulle lors du secours ont conduit à cette tragédie.
Or les conditions climatiques de cet accident ne sont absolument pas des conditions dans lesquelles le canyonisme est pratiqué par des professionnels qui parcourent le canyon de la Fouge avec des clients en période estivale : de jour par beau temps, en absence de neige sur le bassin versant et par faibles débits. Pour prendre en comparaison la cascade de Charabotte, un débit de 12 m3/s de l’Albarine à Saint-Rambert en Bugey avec une tendance de crue relève de conditions sévères pour la pratique de l’activité canyonisme.
Extrapoler la dangerosité de l’activité canyonisme dans les cascades de la Fouge sur la base de l’accident du 13 mars 2009 trahit une méconnaissance totale de l’activité canyonisme. Une interdiction sur une temporalité réduite aurait du être mise en place dans un premier temps comme c’est le cas dans de nombreux canyons en France : interdiction de la pratique en période hivernale, de nuit, etc.
Le risque de chute de pierres est en revanche bien présent sur la falaise située en rive gauche de la dernière cascade mais il convient de réaliser un diagnostic pour déterminer si cette zone présente un danger pour les pratiquants de canyonisme qui peuvent emprunter une sortie en rive droite.

Le mot de la fin
Peut-être est-ce le moment de réaliser une réelle étude des risques sur la cascade de la Fouge ? Une situation qui rappelle l’interdiction des tunnels du Train Fantôme entre la vallée de l’Albarine et le plateau d’Hauteville.
Découvrez le canyon de la Fouge :
0 commentaire