Le tourisme 4 saisons a le vent en poupe en montagne. Avec la raréfaction de la neige en hiver dans l’ensemble des massifs français, l’écosystème du tourisme bâti sur « l’or blanc » peine de plus en plus à contenter ses clients historiques : les skieurs. Dans de nombreuses stations de ski en France, opérateurs des remontées mécaniques, complexes hôteliers et gestionnaires d’hébergements, restaurateurs, commerçants, professionnels du tourisme voient leur chiffre d’affaire fondre en hiver comme neige au soleil.

En absence de neige, que faire à la place du ski ? Comment faire vivre économiquement une station de ski toute l’année ? Luge d’été, dévalkart, trottinette sur herbe, tyrolienne géante, autant de concepts inventés dès les années 1980 pour rentabiliser les remontées mécaniques l’été. Certaines stations de ski sont pionnières avec le concept de bike park de VTT de descente dès les années 1990.

Le réchauffement climatique rebat les cartes en montagne

Le réchauffement climatique s’est accéléré ces 30 dernières années en montagne avec la remontée en altitude de la limite pluie/neige en hiver et l’absence de précipitations sur de longues périodes. La solution de la neige de culture, si elle a été satisfaisante pour continuer à skier dans le passé, est mise à mal à cause de températures trop élevées en altitude la nuit et en journée l’hiver.

Les relevés météorologiques d’Annecy montrent une évolution de +1,9 °C de la température moyenne entre les moyennes des 30 premières années de mesure du début du 19e siècle et la moyenne des 30 dernières années de l’époque actuelle. Cette hausse des températures se répercute sur l’enneigement avec une hauteur cumulée de chutes de neige à Chamonix au cours d’un hiver passant d’environ 3m40 dans les années 1970 et 1980 à 2m20 les derniers hivers (source : Météo France).

La neige manque dans les stations de ski dans les années 2020

Dès les années 1990, les stations de moyenne montagne commencent à vivre des hivers avec peu voire pas de neige sur certaines périodes. Dans les années 2020, ce phénomène s’est généralisé à quasiment toutes les stations de ski avec des fronts de neige en-dessous de 1500 mètres. Les stations de ski qui disposent de neige de culture s’en sortent mieux que d’autres. De nombreuses remontées mécaniques sont démantelées faute de neige. Certaines stations de ski disparaissent même totalement laissant des installations et des bâtiments désaffectés.

Que faire ? Pour de nombreuses stations de ski, la réponse est simple : appliquer les vieux principes et utiliser les activités d’été le reste de l’année en les adaptant. Le concept de « 4 saisons » est né.

La solution au manque de neige : créer une offre de loisirs « parc d’attraction »

Dans le modèle 4 saisons, la luge d’été devient la luge 4 saisons en passant d’un support tube béton à un support sur rails qui permet son utilisation en présence de neige l’hiver. Des systèmes de luge sur bouée tubing sont utilisables toute l’année avec ou sans neige sur des pistes en revêtement plastique. Mini-golfs et leurs dérivés, tyroliennes géantes et jeux gonflables trouvent également leur place quelque soit la saison dans les stations de ski.

Le concept 4 saisons permet d’entrevoir un avenir radieux pour les stations de ski et les élus à tous les niveaux territoriaux (commune, communauté de communes et d’agglomération, département, région, État) injectent des millions d’euros d’argent public chaque année pour la création de nouvelles attractions en montagne. A titre d’exemple, l’aménagement d’une luge 4 saisons sur rails coûte entre 3 et 4 millions d’euros, voire plus. A côté de ces installations, les parkings fleurissent en montagne pour accueillir les véhicules des touristes car il est très rare que l’accessibilité soit révolutionnée dans ces projets d’attractions : la voiture individuelle reste le seul moyen de transport efficace en montagne.

Petit à petit, la montagne devient un parc d’attractions quitte à perdre son identité montagnarde. Les retombées économiques locales priment, la protection de l’environnement et la préservation des paysages de montagne sont souvent relégués au second plan.

La luge 4 saisons du col de la Schlucht dans le parc naturel des Ballons des Vosges : les installations métalliques sont beaucoup plus lourdes que celles des anciennes remontées mécaniques, ces projets ludiques sont pourtant souvent dispensés d’étude impact environnementale avant la réalisation des travaux. Photo Eric Thiébaut

Derrière ce modèle 4 saisons, on entrevoit aussi un moyen pour les stations de ski de capter plus de clients en hiver. En effet, selon des chiffres de 2022, seulement 34 % des Français se rendent à la montagne l’hiver et seuls 14 % des Français déclarent skier souvent (source : Ipsos). La marge de progression pour les stations parait donc énorme en ne misant pas tout sur le ski.

Les activités sportives dans les stations de ski : une bonne idée ?

La pratique sportive des français change. Difficile de dire si le ski est plus ou moins populaire qu’avant dans l’hexagone mais ce qui est sûr c’est que la fréquentation des stations de ski a baissé ces 10 dernières années (source : domaines skiables de France). Comment palier à ce défaut de clients ? En proposant d’autres activités sportives en montagne qui ont le vent en poupe.

En 2024, plus de 7 Français sur 10 déclarent pratiquer une activité physique (71%), une proportion qui, depuis 2012, n’a cessé de progresser (+17 points en 12 ans, +3 par rapport à l’an passé). Exception faite de la période des confinements en 2020, qui a été l’occasion pour de nombreuses personnes de pratiquer une activité physique (pour se dépenser et occuper le temps), la proportion de sportifs mesurée cette année n’a jamais été aussi forte. 57 % des Français qui pratiquent une activité sportive le font pour garder la forme. L’activité sportive de plein air préférée des français est la randonnée pédestre. 47 % des français qui ne pratiquent pas d’activité sportive ne font pas de sport car ils n’aiment pas ça (source : Baromètre Sport Santé 2025 Ipsos pour la FFEPGV).

En été, les activités randonnée pédestre, trail et VTT sont massivement pratiquées en montagne que se soit en autonomie sur des sentiers balisés ou encadrés par des professionnels. A côté de ces activités sportives grand public, d’autres sports nature ont trouvé leur place en montagne : les sports d’eaux vives et le canyoning, l’escalade et la via ferrata, le parapente, l’alpinisme souvent encadrés par des professionnels.

En hiver, à côté du ski de descente, le ski nordique est pratiqué dans les stations de ski. Des pistes de luge sécurisées sont en accès libre. De nouvelles activités sont proposées aux touristes en montagne avec l’apparition de parcours balisés de raquettes à neige et de ski de randonnée sur les domaines skiables. En cas d’absence de neige en hiver et au printemps, la randonnée pédestre et le trail peuvent être pratiqués avec certaines précautions en présence de neige et de glace sur les sentiers, ces pratiques sportives occasionnant de nombreux accidents graves. Certains commerçants n’hésitent pas à sortir les VTT.

De nombreuses personnes qui viennent en montagne ne pratiquent pas d’activités sportives mais apprécient des activités de loisirs comme la luge 4 saisons, des activités artistiques, culturelles ou de bien être.

Les parcs d’attractions en montagne, une solution d’avenir ?

Qui se souvient de Mirapolis, ce grand complexe de loisirs inauguré en 1987, financé avec des millions de francs à l’époque, et qui affichait des pertes mirobolantes dès la première année d’activité ? 40 ans après, pas grand monde, pourtant Mirapolis nous a appris qu’il ne s’agit pas d’investir beaucoup d’argent public pour connaître un certain succès économique. La cause de l’échec de Mirapolis a été avant tout une non-adhésion de la clientèle au projet proposé.

En 2026, la montagne est un lieu où l’on recherche la neige l’hiver et la fraîcheur l’été mais c’est aussi un lieu apprécié pour ses paysages, sa faune, sa flore, sa culture, ses activités ancestrales agricoles, de forêt et pastorales. Délocaliser des parcs d’attractions en altitude au détriment de la montagne elle-même est-ce une si bonne idée ? Réponse dans quelques années lorsque la neige aura disparu dans la moyenne montagne actuelle.

A écouter : le podcast de France Culture du 26 février 2026 sur l’adaptation des communes au changement climatique > podcast Municipales 2026 : maire pour quoi faire ?

Découvrez le projet AZPIC de station de sports nature dans la montagne de l’Ain accessible à 100 % en train et en modes doux.


2 commentaires

guilpart · 2 mars 2026 à 14h43

Je suis un peu déçu par le contenu de cet article vs les attentes suggérées dans le titre. La lecture ne permet pas de se faire une idée réelle de l’intérêt de proposer des activités marchandes alternatives ou complémentaires au ski. Je prépare une enquête sur ce sujet afin de venir en appui d’un projet d’investissement dans une station des Hautes Alpes. Les premières réponses ne permettent pas de généraliser l’opinion.
S’il est absolument incontestable que l’enneigement se raréfie et que les stations de basse et moyenne altitude (base en dessous de 1500m, haut des pistes en dessous de 2200m) doivent penser à programmer des alternatives au tout ski (Métabief en est un parfait exemple), il est factuellement erroné de dire que la fréquentation baisse (on est à +- 50 millions de journées depuis 25 ans hors covid bien sûr, source DSF comme vous l’indiquez) et que les CA des acteurs des stations baissent dans leur globalité (ils continuent leur progression globale, tirée notamment par une augmentation des prix). Les fermetures de stations n’ont concerné (pour le moment) que des sites marginaux dans les Alpes (au sens où ils n’accueillaient pour la plupart que des excursionnistes et non des séjournants, Saint Honoré 1500 et l’Alpe du Grand Serre constituant des exceptions alpines). La réalité de l’économie du ski est qu’elle est concentrée sur une cinquantaine de sites qui réalisent plus de 95% de l’activité des 350 stations répertoriées.
Vous avez raison de distinguer la pratique d’une activité physique (le ski alpin est est une pour la majorité des pratiquants) de la pratique sportive (je note que 57% des français en pratique une et 47% n’en pratiquent pas, ce qui au passage fait 4% de trop).
Il est légitime que les personnes vivant à la montagne de l’accueil et l’accompagnement de touristes réfléchissent à des alternatives mais l’accusation de les transformer en parcs d’attraction n’est pas fondée, tant il est avéré que les touristes ne se rendent pas dans une station pour faire de la luge 4 saisons ou de la tyrolienne. Quant à l’évocation de Mirapolis (fermée il y a 35 ans!) on peut lui opposer le succès de Parc Astérix (développé sur fonds privés) ou Futuroscope (développé sur fonds publics pendant 25 ans)

    Eric Chaxel · 2 mars 2026 à 15h34

    Bonjour,

    je vous conseille de jeter un œil à la page 4 aux chiffres et indicateurs de DSF, le graphique montre que la fréquentation baisse depuis 2014 alors que les recettes augmentent.

    Comme vous le faites justement remarquer, je n’ai pas trouvé d’études disponibles publiquement qui témoignent de l’intérêt économique de proposer des activités marchandes alternatives ou complémentaires au ski. Si vous travaillez sur un projet dans ce sens, peut-être avez-vous ces informations à me partager mais personnellement je ne les ai pas trouvées.

    Parmi les français qui ne pratiquent pas une activité sportive, 47 % des français n’aiment pas l’activité sportive, peut-être que la formulation est plus claire et pourra justifier les 4 % d’écart.

    En terme de tourisme en montagne, je pense que les Alpes n’ont pas le monopole de la fréquentation et que les indicateurs financiers ne sont pas les seuls à regarder car à titre d’exemple l’immobilier à Chamonix est 10 à 15 fois plus cher que l’immobilier dans certaines stations du Jura, vous devez donc appliquer une pondération avec le coût de la vie et avec la fiscalité locales pour connaître les retombées sociétales locales. Le nombre de nuitées n’est pas un indicateur magique car il ne concerne pas les stations avec majoritairement des excursionnistes. Tout est question d’indicateurs. Si on comptabilisait les recettes plutôt que les visiteurs, la France serait loin de concurrencer l’Espagne en terme de tourisme, pourtant la France est déclarée championne du monde du tourisme en 2025 par les médias français (en nombre de visiteurs).

    La station de Chalmazel dans la Loire a fermé cet hiver, nous pourrons tirer un bilan sociétal de cette fermeture au printemps. Enfin si vous le souhaitez, je peux vous donner un exemple en message privé d’un véritable parc d’attraction en montagne installé sur des zones PLU classées N. Je ne le cite pas dans cet article pour ne pas faire de tord aux professionnels qui l’exploitent et aux élus locaux avant les élections de mars.

    Enfin je pense que c’est de ma responsabilité de citoyen et de professionnel de la montagne de poser la question de dénaturer un milieu naturel pour l’exploiter économiquement, même si je n’ai pas de réponse à cette question. Je comprends que cette question puisse gêner les professionnels du secteur marchand des stations de ski comme vous.

    Sportivement,

Laisser un commentaire

Emplacement de l’avatar

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *